Devant un paysage il y a une sorte de reconnaissance, finalement chaque composition est à la fois une image du monde comme dans la peinture d’extrême orient, et un auto portrait.
« Quand le paysage est né de moi et moi du paysage, il me charge de parler pour lui. » Shi Tao
Devant un paysage il y a une sorte de reconnaissance, finalement chaque composition est à la fois une image du monde comme dans la peinture d’extrême orient, et un auto portrait.
« Quand le paysage est né de moi et moi du paysage, il me charge de parler pour lui. » Shi Tao
GILLES WEISSMANN
artiste peintre & iconographe

Processus iconographique
Prières
L’espace où l’esprit peut ouvrir ses ailes c’est le silence.
Prière du matin de l’iconographe
Accorde-moi, Seigneur, d’accueillir dans la paix le jour qui se lève
Aide-moi en toute chose à m’appuyer sur Ta Sainte Volonté
A chaque heure du jour révèle-moi quelle est Ta Volonté
Bénis mon comportement avec mon entourage
Apprends-moi à accepter d’une âme sereine tous les imprévisibles de la journée et
Donne-moi la conviction profonde que rien n’arrive que ce ne soit avec Ton agrément.
Guide mes pensées et mes sentiments dans toutes mes paroles et toutes mes actions, et
Que je me souvienne que tout évènement imprévu l’est avec Ton accord.
Apprends-moi à agir avec fermeté et sagesse, sans exciter d’amertume ou de haine chez les autres
Donne-moi de supporter toutes les fatigues de cette journée,
Dirige ma volonté
Apprends-moi à prier.
Ce n’est pas la beauté qui aide à prier, mais c’est la prière qui rend beau. Georges Drobot
La prière n’est pas pour changer le cœur de Dieu, mais pour changer le cœur de celui qui prie. St Augustin
Règles de l’iconographe :
« Avant de commencer ton travail fais un signe de croix. Prie en silence et pardonne à tes ennemis.
Applique-toi avec amour à chaque détail de l’icône comme si tu travaillais devant le Seigneur Lui-même.
Durant le travail prie afin de te fortifier intérieurement. évite surtout les paroles inutiles et garde le silence. Prie spécialement en union avec celui dont tu peins le visage; garde ton esprit de la distraction et il sera près de toi.
Lorsque tu choisis une couleur, étends tes mains intérieures vers le Seigneur et demande-Lui conseil.
Ton icône terminée, rends grâce au Seigneur de ce que sa miséricorde t’ait accordé la grâce de peindre des images saintes.
N’oublie jamais la joie de répandre les icônes dans le monde, la joie du travail même de l’iconographe, la joie d’être en union avec celui dont tu peins l’image. »
"L’attention, à son plus haut degré, est la même chose que la prière. Elle suppose la foi et l’amour. Il s’y trouve lié une autre liberté que celle du choix. A savoir la grâce." Simone Weil
« Le peintre se trouve devant son icône sans aucune pensée, il s’agit bien d’une forme de prière ; il contemple le mystère qu’il amène à la manifestation. »
« Ce n’est pas devant la matière que je me prosterne, mais devant le Créateur de la matière, qui est devenu matière pour moi, qui a accepté de vivre dans la matière et qui a fait mon salut par la matière. » St Jean Damascène.
"Une icône ne doit pas gêner la prière, une bonne icône aide à prier, une excellente icône est prière." Père Nicolas Ozoline
“Ô Seigneur, accordez-moi la patience, et tout de suite !”
Prière de l'iconographe
Moine Denys de Fourna d’Agrapha, iconographe du Mont Athos
Seigneur Jésus Christ, notre Dieu!
Toi qui possèdes une nature divine et sans limites et qui as pris un corps dans le sein de la Vierge Marie pour le salut de l’homme;
Toi qui as imprimé les traits de ton visage immortel sur un saint voile qui a servi à guérir la maladie du roi Abgar et à éclairer son âme pour la connaissance du vrai Dieu;
Toi qui as illuminé de ton Saint Esprit ton divin apôtre et évangéliste Luc, afin qu’il put représenter la beauté de ta Mère très pure qui t’a porté petit enfant dans ses bras, et qui disait: « La grâce de celui qui est né de moi s’est répandue sur les hommes »;
Toi, Maitre divin de tout ce qui existe, éclaire et dirige mon âme, mon coeur et mon esprit; conduis mes mains afin que je puisse représenter dignement et parfaitement ton image, celle de ta très Sainte Mère et celle de tous les Saints, pour la gloire, la joie et l’embellissement de ta très Sainte Église.
Pardonne les péchés de tous ceux qui vénéreront ces icônes et qui, se prosternant devant elles, rendront honneur au modèle qui est dans les cieux. Sauve-les de toute influence mauvaise et instruis-les par de bons conseils, par les prières de ta Très Sainte Mère, de l’illustre apôtre et évangéliste Luc, et de tous les Saints. Amen.
Prière de l'artisan
« Apprends-moi, Seigneur, à bien user du temps que tu me donnes pour travailler, à bien l’employer sans rien en perdre.
Apprends-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.
Apprends-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l’œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.
Apprends-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.
Aide-moi au départ de l’ouvrage, là où je suis le plus faible.
Aide-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention.
Et surtout comble toi-même les vides de mon œuvre : Seigneur, dans tout labeur de mes mains, laisse une grâce de Toi pour parler aux autres et un défaut de moi pour me parler à moi-même.
Garde en moi l’espérance de la perfection, sans quoi je perdrais cœur.
Garde-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil.
Purifie mon regard : quand je fais mal, il n’est pas sur que ce soit mal, et quand je fais bien, il n’est pas sûr que ce soit bien.
Seigneur, ne me laisse pas oublier que tout savoir est vain sauf là où il ya travail, et que tout travail est vide sauf là où il y a amour, et que tout amour est creux qui ne me lie à moi-même et aux autres et à toi.
Seigneur, enseigne-moi à prier avec mes mains, mes bras et toutes mes forces.
Rappelle-moi que l’ouvrage de mes mains t’appartient et qu’il m’appartient de te le rendre en le donnant ; que si je le fais par goût du profit, comme un fruit oublié je pourrirai à l’automne ; que si je le fais pour plaire aux autres, comme la fleur de l’herbe je fanerai au soir ; mais si je le fais pour l’amour du bien, je demeurerai dans le bien ; et le temps de faire bien et à ta gloire, c’est tout de suite.»
Principes et buts de l'iconographie
L’icône représente toujours la présence divine dans la création.
« Dieu est le prototype de l’Homme et l’Homme est l’icône de Dieu. »
Saint Basile, Père de l’Église, Ve siècle
"Une icône est un symbole qui vit de la réalité qu'il désigne. Dans l’Église, le symbole sert comme instrument d'optique permettant de voir la réalité spirituelle. Comme tel, on ne peut pas l'inventer, il est donné par cette Réalité."
Père Georges Drobot
"Le but de l’icône n’est pas de provoquer ni d’exalter en nous un sentiment humain naturel. Son but est d’orienter vers la transfiguration tous nos sentiments, de même que notre intelligence et tous les aspects de notre nature."
Leonide Ouspensky
« Une icône tire sa beauté de ce qui la dépasse, sa beauté vient d’ailleurs. L’icône transcende l’art – même si elle s’en sert – car elle n’a pas une fonction décorative, mais mystagogique. » (qui concerne l’initiation aux mystères)
Georges Drobot
"L’icône a pour but de transporter la conscience du spectateur dans le monde spirituel."
Vladimir Lossky
"L’icône est donc à la fois une voie à suivre et un moyen ; elle est elle-même prière. Elle nous révèle directement, visiblement, cette liberté des passions dont nous parlent les Pères ; elle nous enseigne à « jeûner par les yeux »."
Léonide Ouspensky
"Le symbole, le mythe, l’image appartiennent à la substance de la vie spirituelle. La pensée symbolique précède le langage et la raison discursive. Le symbole révèle certains aspects de la réalité - les plus profonds - qui défient tout autre moyen de connaissance."
Michel Quenot
"Le créateur des « images théologiques » reste presque toujours inconnu. Cela est dû principalement au fait qu’il proclame une vérité incommensurablement plus importante que sa propre personne…Mais par là même, sa personnalité est transfigurée par la réponse venue d’En-Haut, ce qui le rend encore plus réceptif à la Vérité. Voilà comment, en s’effaçant, ou plutôt en devenant plus transparent au monde spirituel, l’iconographe nous montre celui-ci dans son œuvre."
Léonide Ouspensky
"L'art sacré révèle typiquement l'union de l'intérieur et de l'extérieur, de l'invisible et du visible. Il révèle l'éternité active dans le présent et est donc plus proche de la réalité que l'art naturaliste, qui ne reflète que les phénomènes extérieurs."
Aidan Hart
"Les hommes qui ont connu par expérience la sanctification ont créé des images qui lui correspondent et constituent réellement « une révélation et une démonstration de ce qui est caché ». (…) Non seulement ces images révèlent à l ‘homme un univers transfiguré, mais lui permettent d’y participer."
Léonide Ouspensky
Pour l’Église orientale l’art liturgique représente « le ciel sur la terre ». L’iconographie comme la liturgie, l’architecture et le chant forment un ensemble harmonieux soumis à ce principe.
L’icône c’est la beauté qui parle de Dieu
"À Byzance, la Beauté était ordre et forme par opposition au chaos et à l’informe. Dieu lui-même était Beauté."
Tania Velmans
Nous pratiquons une discipline qui est un constant témoignage de l’abandon de la vision ordinaire du monde. Cet art, au sens ancien, vient faire vibrer « l’autre côté de nous, qui est lourd de la présence divine.
"Dans la création d’une icône rien ne peut remplacer l’expérience personnelle et concrète de la grâce. Lorsqu’on n’a pas cette expérience personnelle, on peut peindre les icônes seulement en transmettant l’expérience de ceux qu’ils l’avaient."
Leonide Ouspensky
"L’icône transcende le temps, et donc les siècles. Hors du temps, elle est invitation à entrer dans le Royaume qui pénètre à son tour le monde."
"L’icône répond au besoin de voir la face de Celui dont nous sommes l’image."
Michel Quenot
"Non seulement l’homme restauré par l’incarnation du Verbe acquiert la possibilité de voir les choses divines, mais encore ses possibilités créatrices reprennent leur rang primitif et révèlent sa ressemblance divine. La dignité d’Adam avant la chute lui a été rendue: il lui est de nouveau permis, en créant l’icône, d’oeuvrer à la divinisation du monde."
Georges Drobot
L’icône montre l’invisible…. ce n’est plus l’homme qui regarde le divin, mais Dieu qui contemple l’homme.
Les icônes jouent un rôle important dans les trois étapes classiques du progrès spirituel, à savoir : la purification, l'illumination et l'union ou la déification.
« L’icône est une déchirure dans le voile opaque du monde déchu qui ouvre sur le Royaume. »
« L’icône est indissociable de la théologie mystique de l’Église d’Orient, de son caractère apophatique, de son sens des limites du langage et de sa foi en la transfiguration du monde. »
Aidan Hart
Il faut comprendre l’Evangile à la lumière de l’Icône, qui nous donne la vérité de l’Evangile, qui a son tour, donne la vérité de l’Icône.
Dieu est incompréhensible, mais à travers les icônes, l’âme humaine est invitée, comme une mariée, à entrer dans la chambre nuptiale de la déification.
C’est la grâce de l’Esprit-Saint, présente dans l’icône, qui « sanctifie les yeux des fidèles.
Tradition
"C’est la Tradition qui, en transmettant les modèles sacrés et les règles de travail, garantit la validité spirituelle des formes; elle possède une force secrète qui se communique à toute une civilisation."
Titus Burckhardt
"L’artère qui alimente le corps ecclésial en rosée céleste ne peut être nulle part obstruée et les règles de l’Église ont pour but de garantir la libre circulation de la grâce depuis le chef de l’Église (le Christ) jusqu’au plus petit de ses organes."
Père Pavel Florensky
"Puisque nos maîtres ont figuré ces choses par des signes qui ne sont pas leurs images, c’est qu’ils ont voulu dire d’autres choses qu’on ne doit pas regarder avec les yeux mais en-dedans avec le cœur."
Vladimir Lossky
"Le langage symbolique, formes, couleurs, lignes, révèle ce que l’homme a acquis par son travail et comment il l’a acquis. C’est pourquoi le canon iconographique ne définit pas seulement le sujet de l’icône, ce qui est représenté, mais aussi comment représenter, par quels moyens indiquer la présence de la grâce de l’Esprit Saint dans l’homme et communiquer son état aux autres."
Vladimir Lossky
"Les évènements représentés sont de caractère divino-humain, s’ils ont lieu dans le temps de par leur dimension humaine, ils ne sont pas déterminés et limités par lui en leur dimension divine." Georges Kordis.
"Les exigences canoniques sont la pierre de touche sur laquelle s’aiguisent les véritables talents. Le véritable artiste ne désire pas nécessairement créer une oeuvre personnelle; il cherche la beauté, la beauté objective, c’est à dire l’expression de la vérité des choses."
Michel Quenot
La Tradition n’est le fruit ni d’un passé ni d’un futur, elle est ce temps prophétique qui plonge dans l’intemporel et s’incarne dans l’instant.
Oeuvrer dans la tradition ne va pas de soi, autrefois surveillance et contraintes maintenaient les iconographes sur la voie. Aujourd’hui cela peut être une ascèse intentionnellement consentie.
"Les dogmes chrétiens du premier millénaire, (comme celui de la double nature du Christ), sont attachés à la préservation du Mystère, pour faire face aux hérésies qui consistent à mettre du mental là où une ouverture totale à quelque chose qui dépasse la compréhension est nécessaire." Denis Marquet
Le critère des Pères de l’Eglise pour l’Icône c’est « Représenter la gloire de Dieu dans l’humilité du Verbe incarné ».
"Les Pères n’enseignent pas à partir de déductions ou de conjectures : ils nous parlent d’un pays où ils sont allés."
Placide Deseille
« L’icône a un lien intrinsèque avec l’Écriture, elle reflète aussi les méditations des Pères de L’Église, donc l’iconographe ne peut interposer son imagination, il doit être conscient de travailler « en église » et faire une ascèse de sa personnalité.
Grégoire Aslanoff
La mystique de l’icône est devenue plus ou moins ésotérique en occident depuis Charlemagne, tandis qu’elle est restée canonique en Orient.
"Les icônes des fêtes liturgiques… tout en se fondant sur l’événement historique, nous en transmettent le sens intérieur, spirituel, révélé par l’ensemble de la liturgie…On peut dire que l’icône est une expression picturale de la Tradition sacrée de l’Église vivant dans la Sainte Écriture et dans les textes liturgiques."
Léonide Ouspensky
L'Homme
"L’icône est un témoignage de la déification de l’homme, de la plénitude de la vie spirituelle, une communication par l’image de ce qu’est l’homme en état de prière, sanctifié par la grâce. "
Léonide Ouspensky
"L’ action de la grâce divine sur le corps humain, en particulier sur les organes des sens, nous est montrée par l’icône. Les hommes qui ont connu par expérience la sanctification ont créé des images qui lui correspondent et constituent réellement « une révélation et une démonstration de ce qui est caché »."
Léonide Ouspensky
L’homme, créé à l’image de Dieu, est, par conséquent, appelé à réaliser la ressemblance divine.
L’homme a la capacité de Dieu, L’icône manifeste cette capacité.
"Ce monde cessa de refléter fidèlement la beauté divine parce que l’image divine inscrite au centre de l’homme s’obscurcit. Par la vie parfaite du Christ fut restituée l’image divine dans l’homme." Grégoire Krug
"Les icônes visent à représenter différentes étapes, non seulement dans la vie historique du Christ, mais aussi dans la vie du Christ en nous-mêmes. Il naît dans les ténèbres, dans une grotte, et en même temps sous l'influence directe de la lumière."
Richard Temple
"Si la Transfiguration de l’homme est son illumination dans l’ensemble de sa nature physique et spirituelle par la lumière incréée de la grâce divine, la manifestation dans l’homme d’une icône vivante de Dieu ; l’icône elle, est une manifestation extérieure et visible de cette Transfiguration." Vladimir Lossky
« Le renversement du regard est une invitation à l’intériorité « Le Royaume des Cieux est en vous » dit le Christ. L’icône fait voir le ciel en nous ! »
"Si la grâce illumine l’homme tout entier, de sorte que tout son être spirituel et physique est saisi par la prière et demeure dans la lumière divine, l’icône fixe de façon visible cet homme devenu une icône vivante, une ressemblance véritable de Dieu."
Léonide Ouspensky
"L’ action de la grâce divine sur le corps humain, en particulier sur les organes des sens, nous est montrée par l’icône."
Léonide Ouspensky
« L’icône ne montre pas seulement Dieu qui se fait homme mais aussi l’homme qui se fait Dieu. »
Les personnages semblent immobiles, cependant leurs mouvements intérieurs sont figurés par les lignes, les dégradés de lumière, les rapports de couleurs et les coups de pinceau calligraphiés.
L’absence de naturalisme répond au besoin de montrer la réalité profonde des personnes, leur « corps de gloire », corps spirituel caractérisé par la transparence, la subtilité, la lumière.
Aidan Hart
« Les icônes sont tristes », disent certains. En réalité, elles ne sont ni tristes ni gaies, elles n’entrent pas dans les catégories affectives de l’homme déchu parce qu’elles expriment l’antinomie pascale de la croix et de la résurrection, la douloureuse joie.
Michel Quenot
Les saints dans les icônes ne sont pas immobiles, ils semblent calmes, attentifs, intériorisés et ouverts, détachés de toute manifestation, libres d’accueillir l’univers entier.
"L’icône est un témoignage de la connaissance concrète et vécue de la sanctification du corps humain."
Vladimir Lossky
L’action de la grâce divine sur le corps humain, en particulier sur les organes des sens, nous est montrée par l’icône.
L’icône nous montre des personnes ayant réintégré la beauté originelle de l’être humain.
G.Drobot
Le caractère spécifique de l’icône réside plus plus particulièrement dans le « comment » de la représentation, c’est à dire dans les moyens par lesquels est indiqué l’état sanctifié de la personne représentée.
Pavel Florensky
« Les saints sont figurés dans l’état de béatitude, revêtus de la splendeur divine qui leur est propre depuis leur martyre( témoignage), les représenter dans l’état corporel qu’ils avaient sur terre c’est leur enlever l’honneur dont ils jouissent auprès de Dieu ».
St Jean Damascène
L’icône est l’image d’un homme dans lequel est réellement présente la grâce qui consume les passions et qui sanctifie tout.
Léonide Ouspensky
Dans une icône, tous les saints représentés figurent comme un seul homme parce que unifiés
L'iconographe
L’Esprit est l’iconographe en nous.
La fonction de l’iconographe est de participer, comme une mère, à l’incarnation.
"L’enseignement de l’icône concerne l’image de Dieu en l’homme."
Vladislav Andreiev
Celui qui oeuvre à la réalisation de la ressemblance, oeuvre à la transfiguration du monde.
"Ce que l’on dessine sur la planche a sa correspondance et peut se réaliser en nous."
Vladislav Andreiev
"Chaque fois qu’un iconographe peint une icône il fait descendre le ciel sur la terre."
Geneviève Gouverneur
"La tâche de l’iconographe c'est témoigner du rôle de l'Esprit Saint dans l’Icône."
Emilie Van Taack
"Tandis qu'il travaille à la perfection de ses techniques sur la matière minérale (pigments), végétale (bois, toile, vernis, huile) et animale (oeuf, pinceaux), il travaille intérieurement à maintenir un état d'équilibre afin que son esprit soit protégé des distractions et que son désir ne se perde pas dans les pulsions . Ainsi, dans la peinture d'une icône, il y a deux illuminations : l'une visible dans la peinture et l’autre invisible dans le peintre…"
Richard Temple
"L’icône, c’est autre chose que l’esthétique picturale, ce n’est plus l’homme qui se projette dans l’image, c’est le monde divin qui, à travers et à partir de l’image, vient vers nous."
Annick de Souzenelle
L’icône donne à voir le ciel en nous.
La pratique de l’iconographie est une interaction entre l’icône extérieure et l’icône intérieure.
"L’icône n’est pas une simple expression spontanée de la foi. La foi et l’expérience spirituelle sont là. Mais ce que nous voyons est une structure artistique qui obéit aux règles et aux principes et qui existe pour une raison spécifique; et non la réaction subjective spontanée de l’artiste."
Michel Quenot
"Les icônes ne se reproduisent pas mécaniquement, elles naissent l’une de l’autre. "
Grégoire Krug
L’anonymat de l’artiste appartient à une forme de culture que domine le désir d’être libéré de soi-même.
"Les iconographes d’aujourd’hui et de toujours copient inlassablement les images d’un monde restauré. C’est pourquoi les icônes mettent sur le chemin de la guérison ceux qui se les approprient par la pratique et la contemplation."
Geneviève Gouverneur
L’icône n’est pas le fruit de l’ingéniosité du peintre, elle est peinte conformément à des lois et à la Tradition de l’Église universelle.
L’icône élève l’iconographe jusqu’aux hauteurs de la Transfiguration, ainsi que celui ou celle qui la contemple dans la prière.
Composition de l'image
« Seuls les saints peuvent composer les icônes, avec à leur tête l’Évangéliste Luc. »
Pavel Florensky
"La composition dans l’icône est primordiale, la partie peinte c’est le monde créé et le fond autour du sujet c’est le monde incréé. Il doit y avoir une harmonie entre le Créé et l’Incréé, entre le dit et le non-dit."
Geneviève Gouverneur
"L’idée qui gouverne la pensée byzantine est celle de communion, en ce sens une forme doit avoir un mouvement, autant intérieur qu’extérieur, pour communiquer cette vision de la vie."
George Kordis
"Toute forme véhicule une certaine qualité d’être."
Titus Burckhardt
"La suppression de la profondeur est fondamentale dans les icônes et les fresques, le fond semble pousser les scènes vers l’avant. A l’intérieur des églises, le but de l’iconographie est de montrer à travers l’art que le Christ et les saints sont vivants et présents ici et maintenant. Les scènes bibliques ne renvoient pas seulement au passé, elles sont re-présentées. C’est pourquoi l’image est plastiquement active, elle vient à la rencontre du spectateur lui donnant la sensation de présence du contenu de l’œuvre. Ainsi les saints et les évènements sont-ils situés dans les mêmes dimensions de temps et d’espace que les fidèles."
Georges Kordis
"Fondamentalement, l’icône n’exprime pas un point de vue, ni au sens psychologique ni au sens optique. Elle est plutôt le recueil d’une multitude de perceptions et d’enseignements."
Père Nicolas Ozoline
L’art traditionnel établit une relation qui est un échange, une participation au rythme universel.
Le peintre d’icônes moderne doit « aller à l’école » en se tournant vers les meilleurs œuvres du passé. En faisant preuve d’humilité, il laisse de côté ses goûts personnels et recherche l’enseignement de la grande tradition des iconographes à travers les anciens maîtres.
Cette œuvre est une louange par le rythme qui la régit indépendamment de ce qu'elle contient.
Dans l’icône l’observateur est considéré comme une partie organique de la composition.
Le centre perspectif de l’icône se trouve dans l’être qui la contemple. Cette image a la capacité de changer notre regard.
"L’image ontologique qu’est l’icône constitue un centre d’énergie et une telle concentration énergétique impose d’en respecter les lois."
Pavel Boussalaev
"L’iconographe qui prépare le dessin d’une icône a pour tâche de recourir à un graphisme montrant la structure et la nature énergétique spirituelle de cette personne."
Pavel Boussalaev
"La perspective inversée rappelle que Dieu prend l’initiative de venir à la rencontre de l’homme." Michel Quenot
"Dans la culture byzantine, une oeuvre d’art est quelque chose d’actif qui se déplace vers l’observateur, de qui une réponse est requise pour qu’il y ait rencontre avec l’image et ce qu’elle représente."
George Kordis
"L’élimination de la profondeur constitue la fondation de tout le système de composition qui a pour objectif de rendre le Christ et les saints présents à l’observateur."
George Kordis
"L'art sacré est toujours abstrait, au sens littéral du terme, en ce sens qu'il « extrait » l'essence du sujet. Il utilise l'abstraction stylistique pour suggérer des réalités invisibles. Il n'est donc pas naturaliste, mais réaliste, car il affirme la nature spirituelle et corporelle de la réalité."
Aidan Hart
"Une image dont l’idéal est la beauté terrestre extérieure ne peut pas illustrer une vérité spirituelle." Aidan Hart
"La forme est analogue dans l’ordre sensible, à ce qu’est la vérité dans l’ordre intellectuel."
Titus Burckhardt
Les saints représentés sur les icônes ne sont pas désincarnés, leurs drapés, soumis à la gravité montrent leur appartenance à la terre, mais ils sont lumineux et vibrent à un niveau plus subtil de matérialité.
Les icônes témoignent de la profonde unité existant entre Dieu, l’homme et le cosmos.
La Géométrie oriente le sentiment
Le dessin
"Le dessin est la base de tout car il anime en nous des forces qui sont en jachère et aide à un mouvement de vie."
Geneviève Gouverneur
"C’est la ligne qui donne sa particularité à l’art byzantin et le distingue des autres traditions picturales."
George Kordis
"Le dessin est lié au principe de volonté: soit la volonté personnelle soit la volonté de Dieu."
Vladislav Andrejev
"La ligne projette les formes vers l’observateur en se soulevant de la surface de l’icône."
George Kordis
"Les éléments du dessin doivent être conciliés pour aboutir à une unité harmonieuse."
George Kordis
"C’est dans la recherche du rythme entre les formes que la ligne devient relationnelle et qu’elle gagne plasticité, fluidité et souplesse."
George Kordis
Dans l’art byzantin toute forme est mouvement, tout est énergie.
"Les lignes représentent les lois qui organisent le chaos et le rendent capable d’une transformation. Avec l’aide des lignes, le chaos se transforme en cosmos, dans l’icône c’est la beauté des couleurs organisées."
Vladislav Andrejev
Les caractéristiques de la ligne sont simplicité, pureté, clarté, laconisme, force contenue et dynamisme.
Technique
Travailler sur l’icône ou contempler une icône, c’est répondre à une invitation à la présence.
L’iconographe est un artisan, quelqu’un qui renouvelle son acte.
La toile rappelle le linge, Mandylion ou Voile de Véronique, sur lequel est apparue la première icône
"Le levkas représente la lumière du premier jour de la création. Une lumière sans source qui imprègne tout l’univers et devient la base de la Vie. C’est le calme originel, la virginité, le lieu où le chemin spirituel se déroule."
Vladislav Andrejev
"Dans les procédés mêmes de la peinture d’icônes, dans sa technique et dans les substances employées, dans la facture iconographique, s’exprime la métaphysique qui anime l’icône."
Pavel Florensky
"Toutes les composantes d’une icône sont catéchétiques, sa technique elle même a été élaborée dans cette perspective."
Nicole Delsaux
"Chaque étape que nous accomplissons sur la planche montre certaines réalités qui doivent aussi être réalisées dans notre âme."
Vladislav Andrejev
Accomplir consciencieusement chaque étape du processus iconographique est une façon de « veiller pour n’être pas tentés ».
Avec des moyens terrestres, bois, pigments, oeuf, l’humain concrétise des réalités qui ont leur source au Ciel.
Au cours du processus iconographique, tandis que les pensées et les émotions s’agitent, les nécessités artisanales nous ramènent au temple qu’est notre corps.
"C’est avant tout une certaine royauté intérieure dont doit témoigner l’icône."
Vladimir Lossky
La couleur
"L’essence des formes visuelles de la peinture byzantine est la couleur. La ligne exprime l’existence et donne forme et mouvement à la couleur."
George Kordis
"Par l’association des couleurs, les icônes parviennent à traduire, au-delà de la réalité de l’objet, un message profondément spirituel perçu par l’inconscient."
Michel Quenot
"Filles de la lumière, les couleurs insufflent à la forme âme et plénitude.
S’adressant en priorité à la sensibilité, contrairement au dessin qui parle à la raison, la couleur «signifie »."
Michel Quenot
La couleur encense notre âme.
"Dans l’icône, les couleurs n’imitent pas les couleurs des corps ni des objets."
Leonide Ouspensky
La transparence des ténèbres évoque la lumière originelle de la Création tandis que les éclaircissements de plus en plus opaques sont couronnés par les « lumières » symboles de la grâce divine.
Avant d’être une couleur chaque pigment est une matière avec des propriétés particulières: finesse, pureté, transparence, opacité, pouvoir colorant, miscibilité, résistance à la lumière.
"Les grands iconographes anciens ont réussi cette gageure de faire passer leur vision spirituelle à travers le drapé des vêtements, les éclaircissements, les dernières lumières et l’assiste constituée de fins traits dorés. Le secret le plus profond et le plus essentiel de l’action des couleurs ne peut être contemplé que par le cœur."
Michel Quenot
Lumière
« Dieu est lumière » et tout dans l’icône doit baigner dans cette lumière. (Nicée II)
« Dans l’icône la lumière n’est pas extérieure, elle crée les choses, elle est la source des êtres. »
"Toutes les représentations de l’icône apparaissent dans une mer dorée de grâce, baignée par des torrents de lumière divine. C’est dans son sein que « nous avons la vie, le mouvement et l’être », elle est l’espace de la réalité authentique."
Vladimir Lossky
C’est comme si ces créations étaient intentionnellement laconiques, incomplètes et nous invitaient, en ne décrivant pas tout, à contribuer à l’image par notre regard. La façon de peindre suggère bien plus qu’elle ne définit.
"L’ action de la grâce divine sur le corps humain, en particulier sur les organes des sens, nous est montrée par l’icône."
Michel Quenot
"Les traits des dernières lumières montrent la force qui transforme nos âmes en attente de la Résurrection."
Vladislav Andrejev
"Les traits de finition avec l’or, l’assiste, expriment la manifestation directe de l’énergie divine." Vladislav Andrejev
"Les « lumières » ou « esprits » rendent vivante toute l’expérience par laquelle nous sommes passés.
Elles révèlent la « Lumière incréée »." Vladislav Andrejev
"Si la grâce illumine l’homme tout entier, de sorte que tout son être spirituel et physique est saisi par la prière et demeure dans la lumière divine, l’icône fixe de façon visible cet homme devenu une icône vivante, une ressemblance véritable de Dieu."
Léonide Ouspensky
L’icône vient à nous et proclame: « Vous êtes la lumière du monde ».
Il y a d’abord la lumière de l’enduit blanc qui illumine les couleurs translucides, de l’intérieur ; elle symbolise la lumière originelle. Ensuite vient, avec le premier éclaircissement, la séparation de la lumière et des ténèbres, la rencontre de lumière avec la matière qui engendre la forme. Puis la montée progressive des lumières créées, jusqu’aux « dernières lumières » ou « esprits »considérées, de même que l’or, comme les « énergies incréées »,.
"L’or est l’icône de la lumière divine, de même que cette lumière est l’icône de Dieu."
Tania Velmans
Le fond d’or abolit l’espace et donc le temps, les saints se tiennent dans l’infini et dans l’éternité, ici et maintenant, dans une présence à laquelle le spectateur peut participer.
Contemplation
Médiatrice, l’icône crée la relation. Elle me regarde davantage que je la regarde. Elle prend vie quand je suis prêt à entrer en relation.
"L’enseignement de l’icône concerne l’image de Dieu en l’homme, aussi les réalités dépeintes sur la planche ont-elles à être réalisées dans notre âme."
Vladislav Andrejev
Les paradoxes visuels de l’icône nous invitent à voir ce qu’habituellement nous ne voyons pas, tout comme ceux de l’Evangile qui est selon Ouspensky « une véritable provocation vis à vis de tout l’ordre, de toute la sagesse de ce monde ».
L’icône témoigne constamment de l’abandon de la vision habituelle du monde.
"L’icône est une école du regard."
Jean-Yves Leloup
"La Beauté c’est l’expression de l’harmonie intérieure de l’homme réconcilié avec Dieu, avec lui-même et avec le monde."
Michel Quenot
"Le sens des mystères de l’Evangile ne doit pas être recherché dans le temps historique mais dans le moment présent."
Richard Temple
L’icône est le témoignage visible de l’expérience par les Pères de la Transfiguration, une révélation de la sanctification de l’être humain et une invitation à y participer.
"En vérité, ce n’est rien d’autre que la Joyeuse Nouvelle revenant des profondeurs de l’être, le souvenir oublié mais secrètement bercé de notre patrie spirituelle. Et effectivement , en recevant de l’iconographe qui a pénétré dans cette patrie spirituelle la révélation, nous ne la percevons pas de l’extérieur, mais en nous mêmes nous nous rappelons : l’icône nous rappelle l’archétype céleste." Pavel Florensky
L’icône nous interpelle. Elle se révèle dans le silence d’un face à face, il faut l’écouter pour que la parole s’y manifeste.
En recevant l’icône, nous entrons en relation avec la vie spirituelle, la prière des chrétiens des premiers siècles.
L’image introduit souvent davantage dans le mystère que le texte.
L’icône exerce une influence sur ceux qui la contemplent du fait qu’elle échappe au filtre de la raison et touche le cœur.
"Les icônes devraient être abordées comme des personnes remarquables. Il serait inconvenant de les interpeller. Il faut se tenir devant elles avec déférence et attendre qu’elles parlent les premières.
Eugène Troubetzkoï
"Si on fait l'effort de "simplement regarder" les icônes, on peut faire
une expérience fugace, mais extraordinaire: En essayant de voir l'icône, on peut soudain sentir qu'on est vu par elle."
Richard Temple
Si l’image est dérangeante, c’était sûrement intentionnel. La confrontation avec Dieu est toujours plus que ce que nous attendions, elle implique plus que ce que nous pensons connaître et a souvent de vastes conséquences.
L’icône est comme un miroir où nous reconnaissons quelque chose de nous-mêmes que nous avons oublié.
L’homme, créé à l’image de Dieu, est, par conséquent, appelé à réaliser la ressemblance divine.
L’iconographie ne prétend pas montrer la divinité, elle affirme que Dieu s’est fait homme.